In order to view this object you need Flash Player 9+ support!

Get Adobe Flash player

Powered by RS Web Solutions

La bataille de Wedyan El Kharroub

Dés la première rencontre entre l'émir Sid' Ahmed O. Ahmed Aida et les Français sur les plaines du Tagant, l'hostilité et le manque de confiance se sont installés entre les deux parties. Le siège de Tidjikja, le 08 juin 1905, constitua le premier affrontement réel entre les Français, qui ambitionnaient achever l'occupation de la région en préparation de la marche vers l'Adrar,  et le jeune émir qui voulait mettre un terme  à leurs ambitions en les chassant de la Mauritanie ou, au moins, en les empêchant d'avancer vers l'Adrar . Les années suivantes connurent la persévérance  de l'émir dans sa résistance, faisant de Tichit un point de départ à partir duquel il lance des expéditions vers l'Est et l'Ouest, et ce jusqu'à sa blessure et son arrestation lors de la bataille de Tichit en 1911. Transféré à Saint- Louis, il revint en Adrar après avoir conclu une trêve  avec les Français.  Au cours de cette trêve de six ans, les doutes de ces derniers sur ses intentions se  renforcèrent. Ils l'exilèrent alors à Saint-Louis en 1918 avant de l'introniser de nouveau an Adrar en 1920, avec les prérogatives limitées. Mais l'émir déterminé à résister contre eux guettait l'occasion de migrer pour rejoindre les Moudjahidines du nord avec lesquels il correspondait discrètement. L'émir  concrétisa ce désir en 1932 en décidant de rejoindre ces moudjahidines.  Sous surveillance permanente des Français, il laissa ses chevaux et ses effets personnels en Adrar pour tromper leur vigilance. Renseignés aussitôt sur la décision de l'émir, ils eurent la conviction d'empêcher cette migration à cause de ce qu'elle pouvait engendrer comme danger, surtout si l'on sait que l'émir constituerait un pôle d'attraction du mouvement djihadiste de Mauritanie. Fin février 1932, la brigade de Chinguetti qui surveillait le sud de l'Amaktir rendit compte du déplacement vers le nord du campement de l'émir, en direction des moudjahidines.  Le 07 mars, le Capitaine (Lecoq) prépara un contingent commandé par le Sous-lieutenant (Missat) pour ramener l'émir, bon gré malgré. Outre le Sous-lieutenant Missat, le contingent comprenait l'adjudant (Nagroni), le Sergent-chef Cheikh El Kory O. Sleima O. El  Machdhouvi, dix tirailleurs et neuf gardes. Le contingent arriva le 11 mars au campement de l'émir à Kered Dermouz dans l'Amaktir mais l'émir était absent. Le Sous-lieutenant campa à 400 m du campement et envoya quelqu'un chercher l’émir. Avant l'arrivée de ce dernier, Khreida O. Ely Bab, des Oulad Agchar, s'infiltra vers la tente  de l'émir où il  informa son épouse, Bamba Mint El Bindir de l'intention des Français d'arrêter et exiler l'émir. Treize jours après, l'émir revint d’une randonnée de chasse au campement, accompagné de huit combattants. Ils rencontra aussitôt  le Sous-lieutenant Missat qui l'informa du désir du Commandant du Cercle de l'Adrar de le voir pour une question importante, l'invitant à se reposer dans sa tente avant le départ prévu le lendemain matin.  Après la prière d'Elicha, l'émir convoqua les membres de son groupe pour se concerter avec eux sur la question. Après recueil de tous les avis, Hamdi O. Lagraa a proposé deux scénarios à l'émir: l'émir doit prendre le seul cheval qu'ils avaient et quitter le campement pour sauver sa peau, sinon attaquer le contingent français. L'émir déclina le premier scénario et promit de réfléchir au second. Au cours de la nuit, il réussit à convaincre le Sergent -Chef Cheikh El Kory de se joindre à eux et d'éliminer l'officier français. Le mot d'ordre était ''il est temps de partir''. Le 14 avril, le Sous-lieutenant Missat et l'émir prirent la route, accompagnés de cinq tirailleurs, sept gardes et sept combattants de l'émir dont son garde corps Mohamed Ahmed O. Khtour, son adjoint Hamdi  O. Lagraa et le chef des Oulad Ghailan, Ahmedou O. Khteira. Après une heure de marche, une détonation fut entendue, chose aussitôt justifiée par Cheikh El Kori par un incident causé par un enfant qui jouait avec l'arme de Mohamed Ahmed O. Khtour. A la mi-journée le cortège s'arrêta dans un billard. Aux  ordres du Sergent, une ombre de fortune fut réalisée pour le Sous-lieutenant, l'émir et Cheikh El Kory. Ahmedou O. Khteira s'endormit et Khreida O. Ely Bab se mit à préparer le thé. Le premier verre servi, Mohamed Ahmed O. Khtour s'approcha, faisant semblant de nettoyer son arme et Hamdi O. Lagraa vint demander à l'émir s'il ne fallait pas envoyer quelqu'un chercher un mouton. L'émir répondit à haute voix: "il est temps de partir". Mohamed Ahmed tira alors une balle sur le Sous-lieutenant que l'émir acheva avec un coup de poignard et les cinq tirailleurs furent tués avant de pouvoir tirer. Les ressortissants de l'Adrar s’allièrent, le soldat du Trarza, Bakar O. Houeriya, fut tué et El Kory O. Navaa, Med Salem O Soueidy et Mohamed O Sidi Brahim furent désarmés par Cheikh El Kory, Sidi O. Boukezane et Yeslem O. Sid'Ahmed avant de pouvoir se défendre. Cheikh El Kory précéda le groupe au campement de l'émir pour dire à Nokrony que le Sous-Sous-lieutenant Missat et l’émir poursuivaient un groupe qui les aurait attaqués. Avant de terminer ses propos, il tira sur Nokroni et ses compagnons tuèrent sur le coup le reste des tirailleurs. Le seul survivant était Ely O. Lemkheitir qui, pourtant blessé, réussit à s'enfuir. Quelque temps après, l'émir arriva et ordonna le départ pour Kalleman. Ce fut un coup réussi qui permit à l'émir d'échapper à l'emprise des Français et de continuer sa marche vers le nord. Mais un contingent français, mis au courant de l'opération, partit à sa poursuite, arrivant par infiltration à Wedyane El Kharroub, sans que l'émir et son entourage s'en rendent compte. Les Français décidèrent d'attaquer à l'aube le campement de l'émir. Une bataille féroce fut alors engagée et continua jusqu'aux environs de midi. L'émir et son groupe s'étaient installés, peu de temps avant le début de l'opération, sur un monticule proche du campement, empêchant d'avancer le contingent qui tentait d'encercler le monticule. Après quelques heures de durs combats, l'émir reçut une balle de mitrailleuse dans la tête. 

Une mère endeuillée face à l'arrogance de Lecoq.

Après la mort de l'émir sur le champ de bataille, Lecoq, chef du contingent français, fit un acte ignoble qui affecte les sentiments des musulmans, ordonnant à l'un de ses subordonnés de décapiter l'émir martyr pour fixer le moral de ses éléments. Mais l'objectif principal de l'officier français était avant tout d'offenser Aicha Mint Ahmed Ely, la mère endeuillée de l'émir, lui disant avec arrogance : « Connais-tu cela? », lui montrant la tête du martyr. Aicha répondit avec son sang froid d'habituel:’ Oui, je le connais avec fierté, c'est le noble qui a anéanti vos soldats et vous a fait gouter la défaite à Tidjikja et lors des batailles de l'Inchiri et de l'Adrar. Aujourd'hui vous, le tuez face à face, et il ne vous a jamais fui lors des batailles qu'il vous a livrées. Aujourd’hui, il est mort  en martyr et j'en remercie Dieu''.

 Surpris de cette réponse rapide et spontanée, dénotant d'un courage sans pareil, le Coq dit, « Quelle femme dure et invincible ».

TRADUCTION : CDT LIMAM