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MOHAMED LAMINE DRAME, LE COMBAT par LA PLUME ET par L’EPEE 2eme épisode

Dans notre numéro 35, nous vous annoncions que nous entamions une série d’épisodes relatifs aux héros de notre résistance nationale. L’épisode  du N°35 d’AEJ a été consacré à Mamadou lamine Dramé, figure emblématique de la résistance anticoloniale dans le pays Soninké.

Ainsi, pour introduire la recherche effectuée sur le terrain (Guidimakha) auprès d’illustres personnages et descendants du marabout, avons-nous jugé opportun d’agrémenter le récit par une interview publiée dans le numéro précité avec l’éminent chercheur et professeur Mohamed El Mahjoub Ould Boyé. Laquelle interview, avec les précisions qu’elle comporte, nous a permis pour ainsi dire, de  défricher le terrain et de planter le décor. Il est évident que dans les différents récits que nous aurons à rapporter, des références à des ouvrages ou témoignages verbaux seront précisés. Il est utile de rappeler que l’auteur de ses lignes a tenu à faire un travail d’investigation dans la région du Guidimakha auprès de descendants de ce héros dont notamment le nonagénaire ADAMA NIAME DRAME, dont les propos illustreront en grande partie ces recits. 

ORIGINES

Mamadou Lamine DRAME- connu parmi les siens par le patronyme de Malamine  Demba Dibassi Dramé - est issu d’une famille maraboutique DRAME-FADIGA,  sa date de naissance reste imprécise  mais il serait né entre 1830 et 1840 à Goundiourou dans la région de KAYES (actuel Mali). D’aucuns peuvent se demander  cet homme peut-il être considéré comme résistant ‘’mauritanien’’. La réponse est d’autan plus simple si l’on se projetait  dans l’espace régional de l’époque où ,toutes les contrées attenantes à la région du fleuve,  ne constituaient qu’une seule entité ethno – géographique  et  où, la notion de frontière telle qu’on la connait aujourd’hui était  ignorée  des communautés qui la peuplaient, essentiellement( peuls et  Soninkés) qui se toléraient mutuellement malgré quelques divergences qui pouvaient survenir  de temps à autre. 

C’est donc aux confluents de ce qui fera plus tard trois pays indépendants  Mali, Mauritanie et Sénégal que fut le berceau de Mamadou lamine. A ce titre, il est plus qu’un héros pour qu’une seule nation puisse se l’approprier ; mieux, il est un héros transnational dont l’aura a dépassé les territoires, celui de sa naissance (Mali) celui de son adoption, le Sénégal et le Guidimakha  où s’établit son fils  Souhaibou qui, jouissant de la renommée de son illustre père, réussira à attirer beaucoup d’adeptes acquis à la cause  de Mamadou Lamine.  En guise d’illustration à cette triple appartenance, il n’ya pas d’exemple plus éloquent que les familles Dramé , issues de la lignée directe du marabout établies dans les régions de Sélibaby,Bakel et Kayes.

La révélation

Après avoir fréquenté l’école coranique, où son propre père lui servait de maitre en bon fils d’homme religieux, il fréquente les lettrés et sages hommes de son terroir, chose qui lui permit de forger sa personnalité.’lors du passage d'El Haj Omar entre Kayes et Médine en1855 il n’ avait qu’ une quinzaine d'années et a été très impressionné par le marabout toucouleur’’1 

Vers 1871, il se rend à la Mecque et n’en revint qu’après de longues années de HIJRA qui lui ont permis d’approfondir davantage ses connaissances religieuses. Sur le chemin de retour de la terre sainte, il séjourna en Turquie puis en Egypte en quête de savoir.

A son retour de l'Hijra en 1878, il a la prestance, la voix sûre et passionnée, le visage serein ; et sa réputation de grand marabout ne tardera pas à être faite.

Des dons surnaturels

Il peut paraitre assez anecdotique, sinon fantaisiste d’évoquer certains récits tel que celui qui suit, mais il est tout à fait admis dans notre société que les religieux qui ont atteint un certain degré de croyance et de savoir religieux, peuvent jouir de particularités qui ne sont pas données à tout le monde.  Ainsi raconte-t-on2  que de retour de la Mecque, à quelques journées de marche de Tombouctou, le roi lui envoie ses soldats pour le capturer ; à la vue de la troupe, Mamadou Lamine Dramé se prosterne en direction de la Qibla avec détermination, imité dans ses gestes par le petit groupe d'accompagnateurs. Ensemble,ils demandent la victoire à Allah. Il fonce ensuite vers le détachement ennemi qui resta paralysé par la témérité du marabout et le laissa passer. Il rejoignit Tombouctou qui lui ouvrit ses portes.

Il se rend ensuite à Hamdallahi où le reçut à bras ouverts Tidjani, le neveu de El Haj Omar qui lui offrit en mariage une jeune esclave.

A Ségou il fut moins bien accueilli par Ahmadou le chef des croyants de l'Ouest et successeur désigné de Omar Tall. Il lui retire son épouse (offerte par son cousin à Hamdallahi) et le déclare "faux prophète". A ses gardes il donne l'ordre de d'arrêter et d'exécuter Mamadou Lamine Dramé. Mais les hommes du Sultan non seulement refusent d'exécuter les ordres, mais se prosternent devant le saint homme. Décontenancé le marabout toucouleur décide de l''isoler dans les ruines d'un ancien village situé à quelques kilomètres de Ségou qui est devenu dès lors "Salam". De "Salam" il se rendait régulièrement à la prière dans la mosquée du roi où il se fit beaucoup d’adeptes.

Ahmadou jaloux envoya des guerriers sûrs brûler "Salam" de nuit et y assassiner Mamadou Lamine Dramé. Les soldats, selon la légende, furent reçus par huit grands poissons aux gueules grandes ouvertes... sur les palissades du village. Les soldats du sultan retournèrent à brides abattues à Ségou. Dépité, Ahmadou lui-même prend la tête d'une troupe et se rend au village où le même scénario se reproduisit.

Fin mai 1885, Ahmadou s'absente de Ségou et confie le pouvoir à son fils Mad'hani qui alla trouver le marabout à Salam pour le libérer malgré "la désapprobation de mon père" dit le jeune roi.

"Qu'Allah te bénisse, j'attendais ce moment depuis si longtemps" lui répondit le marabout en guise de reconnaissance.

A suivre (Vers la constitution d’une armée et le début du jihad)

Renvois

1 ibrahim baba Kaké

2 recit oral de Adama Niamé Dramé